France-Allemagne 1982 : Battiston et le boucher de Séville, traumatisme éternel d’une demi-finale de légende

La France affronte la RFA en demi-finale du Mondial le 8 juillet 1982. Un scénario fou, un attentat sur Battiston – vertèbre cervicale et dents cassées – après une sortie kamikaze non sanctionnée du gardien Schumacher, la France qui mène en prolongation avant de se faire rejoindre, premiers tirs au but de l’histoire de la Coupe du monde. Et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. Avec Patrick Battiston comme fil rouge de ce match de légende.

« La nuit de Séville ». C’est le surnom souvent donné à ce match de légende entre la France et l’Allemagne – la RFA à cette époque – en demi-finale de la Coupe du monde en Espagne au stade Sanchez-Pizjuan le jeudi 8 juillet 1982.

Après une défaite d’entrée contre l’Angleterre (3-1), un succès facile contre le Koweït (4-1) où Giresse a vu son but annulé après l’intervention du cheikh et un match nul contre la Tchécoslovaquie (1-1), la France passe au second tour.

Pour l’anecdote, après la défaite d’entrée contre l’Angleterre, Michel Platini est accusé d’avoir traité certains de ses coéquipiers « d’ânes ». Ce que le capitaine tricolore ne dément pas face aux journalistes. Ambiance.

Tricard pour avoir une relation avec la femme de Platini, comme il le raconte dans son autobiographie « J’ai joué avec le feu », Jean-François Larios en profite pour passer ses après-midis à bronzer au bord de la piscine. Il avait pourtant proposé au sélectionneur de céder sa place pour le Mondial « pour le bien de l’équipe« . Le milieu de terrain stéphanois joue seulement ce premier match perdu… avant d’être remplacé à la 74e minute par Jean Tigana.

Le second tour se déroule mieux pour l’équipe de France. Victoire contre l’Autiche (1-0) puis contre l’Irlande du Nord (4-1), les Bleus se retrouvent dans le dernier carré du Mondial. Une première depuis l’épopée de Kopa et Fontaine au Mondial 1958.

En face : la redoutable RFA qui passe les poules après « le match de la honte » contre l’Autriche, une victoire (1-0) qualifiant les deux équipes aux dépens de l’Algérie.

Bloqué dans un ascenseur, Schumacher oublie son maillot

Depuis ce France-Allemagne 1982, il est surnommé « Le boucher de Séville ». Harald Schumacher commence mal la préparation de cette rencontre comme le rapporte France Football paru le 6 juillet 2012.

Peu avant le départ en bus pour le stade, le gardien de la RFA se retrouve bloqué durant une quinzaine de minutes dans l’ascenseur de l’hôtel de la délégation avec des coéquipiers comme le raconte Klaus Fischer : « Avec Schumacher et Littbarski, nous nous sommes retrouvés coincés dans l’ascenseur. Il y avait beaucoup de clients de l’hôtel avec nous, notamment des femmes qui ont commencé à paniquer. Au bout de quelques minutes, Schumacher a entrouvert la porte de toutes ses forces, entre deux étages. Il était fou de rage, chaud comme la braise. »

Arrivé au stade, Schumacher s’aperçoit avoir oublié son maillot comme il le raconte dans son livre autobiographique « Coup de sifflet » sorti en 1987 : « Le bleu ciel, celui qui me portait chance et que j’enfilais toujours. Le bus était parti. J’ai mis quelques minutes à m’en remettre, j’étais décontenancé, tendu. Et j’ai dû enfiler un maillot rouge, le même qu’Ettori. Mais, avec mon short bleu, je ne ressemblais à rien ». Voila pourquoi les deux portiers ont la même couleur de maillot ce soir-là.

« Il n’a pas fait le voyage pour rien »

Le coup d’envoi de la rencontre est donné sous la chaleur à 21h, en nocturne, une première pour les Bleus dans ce Mondial.

Après l’ouverture du score de Pierre Littbarski (1-0, 17e), Michel Platini répond sur penalty dix minutes plus tard (1-1, 27e). Le score ne bouge plus jusqu’à la pause.

Dans les vestiaires, Bernard Genghini a mal à la jambe victime d’un vilain coup au mollet de la part de Kaltz. Il repart sur le pelouse mais est contraint de demander le changement à la 50e minute. A sa place entre Patrick Battiston, sur le banc des remplaçants au coup d’envoi.

Sept minutes après, Bossis récupère le long de la ligne, laisse à Platini qui lance Battiston en position d’avant-centre. A l’entrée de la surface, en avance sur la sortie du gardien Schumacher, le Messin tente un plat du pied gauche qui frôle le poteau.

Allongé KO par terre, Patrick Battiston vient d’être violemment percuté par Harald Schumacher d’un double contact coude-hanche en pleine tête sans jouer le ballon.

Le gardien allemand lui « Il n’a pas fait le voyage pour rien », comme s’exclame Thierry Roland en direct aux commentaires à la vue du ralenti de l’action. « Il est fou ce Schumacher ! » renchérit son acolyte Jean-Michel Larqué.

Battiston est-il mort ? Les Bleus s’affolent autour de lui. Le médecin des Bleus Maurice Vrillac le ramasse inanimé pour l’évacuer du terrain sur une civière : « Le premier qui m’a rejoint, c’est Michel Platini. Puis les services de secours sont arrivés. Je me revois l’accompagnant avec Platini qui lui tient la main. C’est assez émouvant quand même. »

Comme le confie Alain Giresse dans le livre « Séville 82 » de Pierre-Louis Basse : « Patrick avait brusquement l’allure d’un type sur le point de nous quitter. Un type qui va mourir « .

En attendant l’évacuation de sa victime, Schumacher jongle avec le ballon, mâche son chewing-gum, place le cuir sur la ligne des 5,50 mètres en attendant nonchalamment. Image insoutenable de ce portier qui avait déjà secoué Six, Platini ou encore Amoros.

Dans son livre autobiographique « Coup de sifflet », Harald Schumacher revient sur cette collision : « Je n’arrivais pas à me décider à me pencher sur Battiston. Pour le réconforter. D’entrée, le match avait été beaucoup trop âpre pour qu’un tel geste me soit naturel. Je fus donc incapable de m’approcher de lui. Et pourtant, quoi de plus simple en de telles circonstances ? Ma première erreur a donc été de ne pas me soucier de l’état du blessé. Debout devant mon but, je jouais avec le ballon. Gêné. C’était tout simplement de la lâcheté. Peut-être ai-je été là, pour la première fois de ma vie, vraiment lâche. Je voulais me persuader que ne n’était pas de ma faute. Comme l’enfant qui a fait une grosse bêtise et qui essaie de poursuivre son jeu comme si de rien n’était. Comme si rien ne s’était passé. Je refusais, purement et simplement, d’envisager l’hypothèse d’une faute de ma part. D’ailleurs, l’arbitre ne me donnait-il pas raison ? Il ne sortait ni carton jaune ni carton rouge. On vint soigner Patrick Battiston, toujours allongé à terre. J’espérais en mon fort intérieur que tout allait rentrer dans l’ordre. Je me disais : ‘Comme toujours, il fait un peu de cinéma pour impressionner le public, le faire basculer en sa faveur, mais il va bientôt se relever…' »

Des années plus tard, Battiston raconte dans L’Equipe : « Je me sens tellement bien, libre, dans un état qui me permet tout. Sans ces sensations d’euphorie, j’aurai pensé ne pas y aller, rester en place. J’y vais. Mais je vois une ombre, mon champ de vision se noircit. Mmmm… C’est pas bon. Mais j’ai très envie de toucher le ballon, au moins de terminer l’action. En fait, je pense que je peux toucher le ballon du gauche et l’esquiver. Et je sais que c’est trop tard. Mais je suis trop pris par le désir de le toucher un peu. Et Boum. »

Battiston ne se relève pas. Et pas de sanction pour le gardien. Pas de carton rouge ni même jaune. Et donc pas de penalty. La France n’est pas gâtée par les décisions dans cette compétition après le premier arbitrage diplomatique avec un but injustement invalidé contre le Koweït après intervention du cheikh au premier tour deux semaines plus tôt.

Comme de nombreux acteurs sur la pelouse, les 70.000 spectateurs au stade et les millions de téléspectateurs, l’arbitre néerlandais M. Charles Cover – l’un des meilleurs du moment – assure ne pas avoir perçu le choc en direct comme il le confie à L’Equipe : « Je n’ai hélas pas vu la violente collision car je suivais le ballon, qui est allé juste à côté du but. J’ai tout de suite demandé à mon arbitre assistant ce qu’il avait vu et il m’a dit, qu’à son avis, ce n’était pas intentionnel. Dès lors, je ne pouvais plus rien faire. Hélas, il n’était pas possible de visionner les images sur un écran. Naturellement, j’ai beaucoup regretté par la suite que la France ait perdu après avoir mené 3-1. On m’en a imputé la faute ». A l’époque, évidemment pas de VAR pour revoir l’action. Pas vu, pas pris.

Pour l’anecdote, M. Cover a été « choisi » par… la France pour ce match. En effet, c’est le représentant tricolore à la commission d’arbitrage de la FIFA qui propose M. Corver pour diriger la demi-finale France-RFA. Au départ, ce devait être le Portugais M. Carrido mais Roger Machin s’y oppose car ce dernier a arbitré la défaite inaugurale de la France contre l’Angleterre (3-1).

Une vertèbre cervicale et trois dents cassées, Battiston perd connaissance plusieurs fois

Non, Battiston n’est pas mort mais il est dans un sale état. Verdict : trois dents cassées, une vertèbre cervicale fissurée et une commotion cérébrale.

Inconscient, le joueur tricolore est conduit à l’infirmerie du stade, où il reprend peu à peu conscience comme il le raconte au journal Le Télégramme : « J’ai perdu connaissance alors que nous étions à 1 partout. J’ai retrouvé mes esprits quand nous gagnions par 3 à 1 et je croyais que nous étions en finale. J’ai perdu à nouveau connaissance et j’ai appris que nous avions été éliminés aux penaltys. J’ai ressenti une grande désillusion car je nous croyais qualifiés pour la finale ».

Maurice Vrillac, le docteur des Bleus, se souvient dans France Football : « Il commençait à poser des questions. Qu’est-ce que je fais là ? Où je suis ? Pourquoi je suis là ? Qu’est-ce qu’il m’est arrivé ? J’ai voulu savoir le numéro de ses parents parce que je me doutais bien qu’ils avaient vu le match à la télévision. Je voulais les rassurer. Il m’a donné un numéro qui était complètement faux. »

Et le médecin tricolore de poursuivre : « Petit à petit les sens sont revenus. Je suis parti quand j’ai estimé qu’il était suffisamment remis pour que je le laisse dans les mains des services médicaux espagnols et j’ai rejoint l’équipe pratiquement au moment des prolongations. »

Présent en tribune, son ami Philippe Mahut reste à ses côtés : « Je suis descendu dans la sale médicale où il se trouvait avec le docteur Vrillac. Il était complètement dans le cirage (…) Plusieurs fois, j’ai eu au téléphone sa compagne. Je la rassurais dès que le toubib me donnait des nouvelles. J’étais à l’intérieur du stade, loin du terrain. Le match, je le suivais vaguement de l’oreille, au son des clameurs, je me renseignais pour connaitre le score… Mais je suis en dehors de la rencontre. Tout est flou, lointain. Séville, pour moi, ça restera Patrick ».

Patrick Battiston se souvient pour L’Equipe : « J’émerge de mon coma. Où suis-je ? Je regarde autour de moi. Manifestement, je suis encore au stade. Je suis allongé, on m’examine… Philippe Mahut est à mes côtés, mon ange gardien. On a joué ensemble à Metz. ‘Que fait-on là ?’ Il répond : ‘C’est la Coupe du monde, on mène 3-1.’ Je ne saisis pas. Je ne reconnais personne. Je ne suis pas très frais. Je me rendors. »

Imbroglio sur le remplacement de Battiston

Alain Giresse raconte à France Culture l’atmosphère sur la pelouse après l’incident : « C’est monté d’un cran en intensité. (…) Tout à coup, dans le stade, on sent qu’il ne règne plus tout à fait le même esprit. Je me souviens de la grande colère de Michel Hidalgo, on était tous très énervés, très remontés. Et en même temps on devait continuer ce match de football (…) On a essayé de canaliser cette motivation, du fait de cette agression, pour ne pas déraper. »

La suite on la connaît. Sur le banc, cinq remplaçants mais aucun milieu. Jean-François Larios et René Girard sont dans les tribunes.

Michel Hidalgo lance alors Christian Lopez, son dernier changement autorisé (deux par match à l’époque). Perdu, le défenseur ne sait pas où se placer sur le terrain comme il le raconte à France Football : « Je m’échauffe, j’attends, ça n’en finit pas. Je suis persuadé que je vais jouer comme défenseur, que Janvion va monter d’un cran. » Il demande naturellement à Platini : « Je joue où, Michel ?’ Platini : ‘Au milieu, tu joues au milieu. » Christian Lopez est surpris : « Mais je n’ai rien dit, je n’ai posé aucune question. J’entrais pour une demie mondiale, et c’était le plus important. J’allais jouer ! Peut-être que si je passe derrière et que Janvion remonte, la fin de match n’est pas la même ».

Avant la fin du temps réglementaire, Manuel Amoros trouve la barre transversale et l’Allemagne oblige Jean-Luc Ettori à une parade. Les deux équipes doivent jouer 30 minutes supplémentaires pour se départager.

Début de la prolongation. But de Marius Trésor d’une superbe reprise volée (2-1, 92e) puis dans la foulée Alain Giresse (3-1, 98e) – « En retrait pour Giresse » répète en boucle Jean-Michel Larqué aux commentaires. Une course de joie restée dans la légende comme la décrit le principal intéressé dans « L’Histoire illustrée des Bleus » : « Ce but provoque un moment d’euphorie d’une intensité jamais égalée. Je n’ai jamais pu renouveler ça. On est à deux doigts de la finale de la Coupe du monde, on arrivait de nulle part, personne n’aurait misé un franc sur l’équipe de France. Ce que j’ai pu ressentir sur le but allait au-delà de toute espérance. C’est à l’état pur, d’une spontanéité incroyable. Cette émotion je la ressens encore, je me souviens de ce que ça a déclenché, au fond de moi, là. C’est pour ça que je que je n’en ai pas eu d’autre. je me rappelle quelle hystérie ça a créé. Je ne me drogue pas, je pense que ceux qui se droguent cherchent des moments comme ça. Je considère que c’est un privilège d’avoir vécu ça dans le domaine que je préfère le plus, le foot. Merci, mon Dieu de m’avoir permis de connaître ça. »

La France est à vingt minutes de la première finale mondiale de son histoire.

C’est compter sans l’entrée en jeu du double Ballon d’Or Karl-Heinz Rummenigge, buteur avant la fin de la première période de la prolongation (3-2, 102e) et qui redonne espoir à la RFA. Une action où deux fautes sur Giresse et Platini auraient pu être sifflées en faveur des Français. Dès le début de la seconde période de la prolongation, égalisation assassine de Klaus Fischer (3-3, 107e). Le score ne bouge plus. Place aux tirs au but.

Première séance de TAB de l’histoire de la Coupe du monde

Il s’agit de la première séance de TAB de l’histoire de la Coupe du monde. Patrick Battiston monte dans l’ambulance à ce moment-là, direction l’hôpital.

Côté français, les tireurs ne sont pas prévus. Et ils ne sont pas nombreux à se presser pour se désigner. comme le confie Jean Tigana à L’Equipe : « Marius (Trésor) et Christian (Lopez) ne veulent pas s’y coller. Moi non plus. Je n’en ai jamais tiré de ma vie. Je ne vais pas commencer ce soir, ou alors en neuvième position. »

Alors que tous les joueurs tricolores réussissent leur tir – Giresse qui tourne ostensiblement le dos à Schumacher avant de s’élancer, Amoros et Rocheteau – Didier Six voit sa tentative repoussée tout comme son adversaire Stielike juste avant lui.

Il y a un imbroglio sur l’ordre des tireurs tricolores. Dans le France Football paru le 6 juillet 2012, Didier Six raconte : « Quand Michel Hidalgo est venu me voir la seconde fois, j’ai accepté, mais je lui ai demandé de tirer le cinquième. Ce n’était pas du tout pour jouer les héros ! J’avais plutôt les ‘jetons’, être le dernier sur la liste aurait éventuellement pu me permettre de ne pas tirer. Lorsque est venu le tour du quatrième tireur, on m’a dit: ‘C’est à toi.’ J’ai répondu: ‘Non’ On m’a rétorqué: ‘Si, c’est à toi!’ J’ignore qui a inversé l’ordre, mais je me suis retrouvé avant Michel Platini, qui était finalement le cinquième. »‘ Didier Six s’empresse de se diriger vers le point de penalty avant de rater. Pour l’anecdote, ce TAB n’existe pas en vidéo : le réalisateur de la télévision espagnole s’attardant sur la détresse de Stielike réconforté par Littbarski. La seconde caméra derrière les buts n’a pas non plus enregistré le penalty de Six.

Si Platini transforme son tir au but, ce n’est pas le cas de Maxime Bossis – 6e tireur tricolore – qui confiera à Ouest France : « Je n’en ai plus jamais tiré depuis ! Je suis resté traumatisé par ça. Les tirs au but, ce n’était plus pour moi ! »

Sans même toucher le ballon pour le placer, Horst Hrubesch – le 6e et dernier tireur allemand – exécute Joël Bats. Il donne la victoire aux siens puis lève les bras au ciel.

Lui qui a été moqué sur son physique un peu plus tôt dans le match par Thierry Roland : “Horst Hrubesch qu’on a surnommé le monstre. Faut dire que c’est pas Alain Delon”

« Je lui paierai des couronnes »

Coup de sifflet final de cette rencontre historique à 23h41.

Battiston est en route pour l’hôpital comme il le confie à L’Equipe : « On m’installe dans une ambulance. Ça tangue dans ma tête. Je vois vaguement un journaliste français. Je lui demande d’appeler chez moi pour dire que ça va.« 

Et le docteur Maurice Vrillac de préciser : « Il est parti à l’hôpital plus tard, quand le match a été terminé, avec l’issue que vous connaissez. Je suis parti avec lui et les services espagnols a l’hôpital, où il a été mis en observation. On a pu lui faire des radios de la colonne cervicale, qui étaient un peu douteuses d’ailleurs, c’est pour ça qu’elles ont été recommencées en France plus tard. Mais les services espagnols ont vraiment fait tout ce qu’ils pouvaient pour être agréables. Je suis resté avec lui jusque vers 1h du matin. Les Espagnols m’ont trouvé un hôtel et je leur ai laissé Patrick pour la mise en observation. »

Son bourreau, Harald Schumacher est le « héros » de la soirée après avoir repoussé deux tirs au but. Ce qui ne doit rien au hasard comme il le raconte à France Football : « J’avais pris mes renseignements avant. Je le faisais systématiquement. Mes amis, ma famille m’aidaient en regardant les matches et prenaient des notes. Je consignais tout dans un carnet, aujourd’hui au musée du Sport de Cologne : nom du joueur, club, gaucher ou droitier, tir à plat ou en hauteur. Les adjoints m’ont renseigné, les joueurs de Stuttgart m’ont dit comment Six frappait. »

Héros donc mais aussi « boucher ». Le gardien allemand remet de l’huile sur le feu dès la fin du match : « Après les tirs au but, je fais la fête avec mes coéquipiers, qui m’encerclent. Puis je suis sollicité par un journaliste francophone qui m’annonce que Patrick (Battiston, ndlr) a perdu des dents. Spontanément, je lui réponds que, pour me faire pardonner, je lui paierai des couronnes. Perdre des dents, ça arrive dans le foot. Mais il n’y avait aucune moquerie de ma part, aucune provocation. Avec le recul, je conviens que j’ai eu une réaction idiote. Mais il n’y avait ni moquerie ni arrogance. En fait, j’étais soulagé qu’il n’ait perdu que des dents, car le choc avait été très brutal. J’avais craint que ce soit bien pire, qu’il soit dans le coma. Mais j’étais alors dans un autre monde, il y avait tellement d’adrénaline en moi. »

Les Bleus en pleurs dans les vestiaires

Les Français rentrent pleurer aux vestiaires, comme le raconte Michel Hidalgo à France Football : « Je me suis retrouvé devant des gamins, une classe de maternelle quand les mamans ne sont plus là. Je n’ai jamais vu des mômes aussi détruits ».

Michel Platini confirme à L’Equipe : « Tout le monde pleure ! Pas parce qu’on vient de nous piquer notre bonbon… Ce sont les nerfs. On est à bout ! Les tirs au but nous ont vidés. En plus, Patrick à l’hôpital entre la vie et la mort… On craque comme des gamins. Dès que l’un fond en larmes, il entraîne les autres. »

Marius Trésor : « Une trentaine de bonshommes qui pleurent… Je n’ai jamais vu ça. Y compris les dirigeants dans leur costume. »

Prostré, Didier Six est affalé sur le sol puis se laisse doucher pour retrouver ses esprits alors que Michel Hidalgo le presse car c’est le dernier dans les vestiaires.

Grosse tension à l’aéroport entre les Bleus, les Allemands et l’arbitre

Alors que Battiston est à l’hôpital, ses coéquipiers patientent à l’aéroport pour prendre l’avion – qui a du retard – direction Alicante, la ville où les Bleus joueront et perdront la petite finale contre la Pologne le surlendemain.

Dans l’aéroport également, les joueurs de la Mannschaft qui eux s’envolent pour Madrid où ils s’inclineront en finale contre l’Italie (3-1).

Autant dire que l’ambiance est tendue entre les deux équipes. Face à face dans le hall, Dominque Rocheteau se souvient dans France Football : « Ils nous toisent quand on les croise. Toute la délégation passe sans s’arrêter. Avec un sentiment de supériorité sportive. Eux partaient pour Madrid, nous pour Alicante. Ils n’ont pas eu un geste amical. »

Le chanteur Francis Cabrel, l’acteur Lino Ventura… quelques personnalités françaises présentes au match sont également à l’aéroport pour prendre un vol et adressent quelques vains mots de réconfort. Claude Bez, le président des Girondins de Bordeaux, console ses six joueurs. Pour l’anecdote, lors du stage de préparation des Bleus quelques semaines avant le début du Mondial, Michel Hidalgo avait fait venir le chanteur Cabrel mais aussi l’animateur Patrick Sébastien.

Bernard Lacombe apostrophe un journaliste français qui avait écrit qu’il avait honte d’être français après le premier tour : « Et ce soir, est-ce que tu as honte ?! »

Jean Tigana veut en découdre avec l’arbitre et la sélection allemande comme témoigne Maxime Bossis : « M. Corver plaisante avec les Allemands en partance pour Madrid, pas gêné. J’ai honte pour lui. Jean (Tigana) est furieux. Il veut le taper. Ça se comprend. Il faut retenir Jean ! » Jean-Luc Ettori : « Le voir cul et chemise avec les Allemands, j’ai envie de lui rentrer dans le chou. Y a des cris. Ça peut partir en vrille. » Ce que confirme Marius Trésor : « Quand on a vu l’arbitre du match, M. Corver, rire avec la délégation allemande, on avait envie de tout faire exploser ».

Tigana, l’infatigable milieu des Bleus, détaille cette altercation verbale à L’Equipe : « Je vide mon sac, je suis assez grossier. Je lui demande s’il compte partir en vacances avec les Allemands. »

Pendant ce temps, Patrick Battiston se fait ausculter : « Je me retrouve dans un hôpital, en maillot, short et chaussettes. On me fait une radio du crâne. Un médecin me parle en espagnol, je ne comprends pas tout. Il me rassure. Je demande à me doucher. C’est pénible de me déshabiller. J’enfile une blouse d’hôpital. Je dis au médecin de garder mes affaires. Je reste allongé, une veilleuse allumée près du lit. Je suis content d’aller bien. »

Le lendemain, il sort de l’hôpital. Quand il voit la photo de lui dans le journal sur la civière, il s’écrie : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » Et d’ajouter : « Michel m’a tenu la main ? ».

Il assiste le surlendemain à la défaite contre la Pologne (3-2). La France termine 4e de ce Mondial.

Schumacher sous amphétamines ?

Sur le banc au début du match, Patrick Battiston pointe du doigt l’agressivité de Schumacher : « Je suis dans le match mais tranquille, sans stress particulier car je me dis que l’équipe va bien jouer, qu’il n’y a pas de raison pour que je rentre en jeu, d’autant que je suis défenseur. Je me souviens d’avoir fait la réflexion à Christian Lopez, depuis le banc de touche un peu encaissé : ‘T’as vu, le gardien chez eux, il est chaud, agressif, c’est étonnant, il est excité !’« 

Un trop plein d’engagement dû à la pression sportive mais aussi à des substances illicites ? Dans son livre « Coup de sifflet », Schumacher confesse s’être dopé à plusieurs reprises : « Pour ma part, je l’avoue bien volontiers, j’ai un jour testé à l’entraînement les effets dopants d’un médicament appelé Captagon. Parmi les substances les plus appréciées des joueurs, on trouve différents sirops anti-tussifs à base d’éphédrine. Comme je l’ai appris depuis, l’éphédrine augmente l’agressivité, l’endurance et les capacités de résistance physique. Mais gare aux effets secondaires : on peut, sans s’en rendre compte, dépasser ses propres limites. Faire violence à son organisme On grignote alors son propre capital biologique« .

Et de jeter un pavé dans la mare sur le dopage à grande échelle : « On peut donc affirmer que certains joueurs de l’équipe nationale sont devenus champions du monde grâce à des stimulants chimiques. Parmi eux, un footballeur de Munich que nous surnommions alors ‘la pharmacie ambulante’. Il avait quelques notions de médecine et testait sur lui-même toutes sortes de préparations. »

Des propos qui vaudront à Harald Schumacher d’être banni de la sélection nationale et renvoyé de son club.

« Fabuleux » : la une de L’Equipe imprimée avant le résultat

Pour l’anecdote, le titre de L’Equipe est : “Fabuleux”. Une formule passe-partout : le journal doit choisir sa une avant 23h pour imprimer la première édition des exemplaires qui doit être acheminée en province pour le lendemain.

Sous-traitée dans un premier temps, la polémique du choc Battiston-Schumacher prend de l’ampleur. Le gardien allemand est qualifié en France de « Schumacher SS » ou de « Sale Boche » ayant commis « un attentat ».

Dans la presse on voit des titres qui n’ont plus rien avoir avec le football : « Le tueur de français », « Schumacher, le peuple aura ta peau » ou encore « Justice est faite » (après la victoire de l’Italie en finale) : « Les Bleus de France s’étaient arrétés aux portes du paradis. Les Azzurri d’Italie ont pris les clés de Saint-Pierre et les ‘méchants allemands ‘ le chemin de l’enfer. Une histoire très morale que l’on racontera longtemps à nos enfants »

L’hebdomadaire Paris-Match qualifie le match de « Troisième guerre mondiale » par la plume de son journaliste Jean Cau : « Tout est guerre. De 1914 et de 1940. De 1982, où pour la troisième fois en un siècle, la France rencontrait l’Allemagne dans un match capital et sur le champ de bataille de Séville. Je sais que nous dirons vite que, là, c’était du sport, mais… Mais le fascinant, l’étrange et le troublant spectacle ! D’un côté, l’Allemagne dans la force et la puissance de ses divisions blondes et rousses. De l’autre, la France et ses héroïques ‘petits’. »

Le télégramme du chancelier allemand à François Mitterrand pour apaiser les esprits

Cette montée du ressentiment « anti-allemand’ contraint les dirigeants français et allemand de l’époque, François Mitterrand et Helmut Schmidt, à apaiser les esprits.

Le 9 juillet 1982, vraisemblablement à la demande de François Mitterrand et en signe d’apaisement comme le rapporte France Culture, le chancelier Helmut Schmidt envoie un télégramme au chef de l’Etat français dans lequel il affirme : « Le jugement de Dieu qui, selon la mythologie classique, est propre à chaque duel a voulu que la chance, dans ce match, échoie au camp allemand. Nous sommes de tout cœur avec les Français qui méritaient la victoire tout autant que nous. »

En signe d’apaisement, François Mitterrand et Helmut Schmidt publient un communiqué commun.

Et le sélectionneur Michel Hidalgo de confirmer à France Culture ce match devenu politique : « C’était une rencontre sportive, certes, mais (…) il est impossible de trouver un match de la même ampleur. Là, c’est monté jusqu’au sommet de l’Etat français, de l’Etat allemand… Il s’était passé autre chose qu’un match de football dans cette rencontre. »

Et de préciser : « On ne sentait pas qu’il allait y avoir de la haine après le match. (…) C’était un petit peu la guerre de 14 ou de 40 qui recommençait. Quand je suis rentré en France, je me suis retrouvé au milieu du public pour voir passer le Tour de France et les gens disaient qu’il fallait prendre un fusil, une mitraille, les tuer ! »

Un sentiment confirmé par Schumacher dans Le Monde : « J’ai eu deux gardes du corps pendant au moins six mois. Partout où j’allais, il y en avait toujours un avec moi, oui. Vous pouvez imaginer que ce n’était pas une bonne expérience. J’ai aussi reçu des lettres, tantôt en allemand, tantôt en français, venant de personnes qui disaient vouloir enlever ou tuer mes enfants. »

Rencontre Battiston-Schumacher une semaine après

Le 15 juillet 1982, une semaine après France-RFA, les deux joueurs se rencontrent à Metz pour une poignée de main devant les médias.

La rencontre a lieu dans les locaux du Républicain Lorrain, comme l’explique Patrick Battiston : « J’ai accepté la proposition du manager de Schumacher d’organiser une réconciliation. Je ne me suis pas posé la question de savoir si c’était bien ou pas. Personnellement, je n’aurais pas cherché à faire la démarche. Mais cela a apaisé tout le monde ».

Et de préciser : « Je ne lui en ai jamais voulu, je ne comprenais seulement pas son geste. Je me suis posé la question de savoir pour quelle raison il ne s’était pas arrêté, pour quelle raison il n’avait pas freiné son élan, et qu’il s’était jeté délibérément sur moi. Maintenant il m’a expliqué qu’il avait voulu anticiper le ballon, il croyait que j’allais le lober et donc il s’est propulsé en l’air et lorsqu’il a terminé sa chute, il était sur moi, il n’a pas voulu me rencontrer les pieds et le genoux en avant donc il s’est retourné et m’a heurté avec son bassin et son coude. J’ai eu très très peur, j’ai été dans le coma pendant 5 minutes, je me rendais compte de rien. »

Voir les photos de la rencontre au Républicain Lorrain le 15 juillet 1982

Voir la vidéo de la rencontre sur le site de l’INA

Schumacher raconte cette rencontre dans son livre « Coup de sifflet » : « Il parlait mal l’allemand, mais le comprenait relativement bien. Je lui expliquai comment j’avais vécu notre choc de Séville : la passe en hauteur, ma course hors du but, le ballon qui rebondit… Mon pressentiment qu’il allait essayer de me lober. Il me rassura amicalement :
– C’est bien comme cela que j’ai perçu l’action moi aussi.
C’était le moment de lui répéter avec toute la force de ma conviction.
– Écoute Patrick, je n’ai jamais eu l’intention de te blesser. Jamais, je te le jure. C’est la dernière chose que j’ai cherché à faire.
– Je te crois, m’a-t-il répondu. C’est bien ce que je me suis imaginé.
Je crois que j’en avais les larmes aux yeux. Il portait encore une minerve autour du cou. Le choc avait provoqué chez lui de graves lésions cervicales. Cette rencontre de Metz, quel immense soulagement pour moi ! Patrick a été extraordinairement chic. »

Schumacher reconnaît à demi-mots ses erreurs : « Ce soir-là, si le Président de notre Fédération ou Rüdiger Schmitz s’étaient trouvés à l’aéroport, ils m’auraient certainement mieux conseillé. Nous aurions acheté des fleurs et nous serions allés à l’hôpital. Je serais resté au chevet de Battiston jusqu’à ce qu’il me dise que tout était OK. Il eut fallu que quelqu’un me conseille et me prenne par la main. Dans l’atmosphère qui régnait alors, il m’était totalement impossible de me prendre en compte, d’avoir l’idée d’une telle démarche. « 

Avant de conclure : « Tout joueur qui se risque seul à l’attaque doit donc s’attendre à me voir bondir hors de mon but, à me précipiter vers lui. Avec la détermination farouche de rendre mon but inviolable. Sur ce plan-là, rien n’a changé. Je sais que la collision entre Battiston et moi fut aussi une affaire de malchance. Mais j’ai tiré la leçon de l’incident. L’adversaire à terre est un être humain qui ne peut me laisser indifférent. »

Une version contredite dans France Football par Rummenigge, le coéquipier de Schumacher : « Sa plus grande erreur a eu lieu après le match. Je lui ai conseillé d’aller dans le vestiaire français pour présenter ses excuses. Il n’a pas voulu. Puis à l’aéroport, où nous avons dû patienter pendant quatre heures, nous avons appris que Battiston avait été transporté à l’hôpital. J’ai dit à Harald : ‘Viens, on va à l’hôpital’ Mais j’aurais dû l’obliger à y aller ! Je regrette de ne pas avoir été assez ferme. J’étais le capitaine. Trente ans après, je tiens encore à m’excuser que notre gardien de but ait eu une telle attitude et qu’il n’ait pas daigné aller voir Battiston pour s’excuser. C’était nul de sa part. »

La blague de Vendroux au mariage de Battiston

Le 16 juillet 1982, au lendemain de la rencontre entre le joueur français et le gardien allemand, Patrick Battiston se marie avec Anne dans le petit village de Pierrevilliers, près de Metz sa région d’origine, en présence de nombreux invités, dont son ami de toujours Michel Platini.

Le Monde lui demande s’il a invité Harald Schumacher. Réponse de l’intéressé : « Audacieuse question ! Non, cette idée ne me serait pas venue à l’esprit. Je me rappelle qu’à mon mariage le journaliste Jacques Vendroux était là. A l’époque, il avait des cheveux bouclés, et la moustache, comme Schumacher. Alors, lorsqu’il a voulu plaisanter en parlant allemand, il a failli se faire un peu agresser, des gens l’avaient pris de loin pour Schumacher ! D’ailleurs, si mes souvenirs sont bons, je crois même que c’était sur le parvis de l’église, près de Metz. »

Pour Patrick Battiston, la convalescence est longue : presque trois mois. Il manque la reprise du championnat avec Saint-Etienne et pose pour la photo officielle avec sa minerve. Il retrouve le terrain 79 jours après la demi-finale de Séville.

Battiston et Schumacher se retrouvent deux ans plus tard lors d’un France-Allemagne amical à Strasbourg le 18 avril 1984. Un accueil de La Meineau houleux comme le raconte le gardien dans son autobiographie : « J’étais comme en transe. Je voulais en finir. Que le public purge sa rage ! Pour le bien de mon équipe. Et pour le mien. Il fallait m’arracher à l’obscurité de ce couloir et sortir, là-haut, en pleine lumière. Tout à coup, j’émergeai en haut de l’escalier. Concert de cris et de sifflets. Schumacher, seul sur le terrain. Pas un Français. Pas un Allemand sur la pelouse. Seul, le monstre de Séville qui ose. Sans les grilles et les policiers, c’est sur sûr qu’ils m’auraient taillé en pièces. Je courus jusqu’à la ligne médiane avant de me diriger vers la cage du but. Une pluie d’œufs, de pommes de terre, de tomates, de cailloux s’abattit sur moi. L’air vibrait des cris des spectateurs. Plus stridents que le sifflement des fusées de feux d’artifice. Déferlement de projectiles en nombre. J’aurais pu sur le champ ouvrir une conserverie de fruits et légumes. Il n’arrêtait pas d’en pleuvoir de tous côtés. Une avalanche de bouteilles, de boites de fer blanc. Je poursuivais mon chemin en diagonale vers buts. Habituellement, je parcours toujours six à huit longueurs de terrain avant d’entamer mon échauffement. Je ne manquais pas à ce rituel. Je suis enfin dans mon but. Le public, les photographes, les caméras de télévision, les journalistes, je sens tout cela dans mon dos. Les regards de la presse, de ces journalistes, qui me transpercent ».

À la fin du match gagné par les Bleus (1-0), Battiston et Schumacher échangent leurs maillots à l’abri des regards : « Sur le chemin des vestiaires, Patrick Battiston s’arrangea pour que l’on se rencontre. Il me serra ostensiblement la main. Me félicitant pour mes superbes parades. Il me proposa d’échanger nos maillots. ‘Pas ici’, avons-nous convenu, On aurait l’air de faire du cinéma pour le public. ‘Mais dans les vestiaires, OK ?’ Quelques minutes plus tard, l’échange eut lieu. Pour moi, un instant merveilleux. »

Le périple incroyable du maillot de Battiston retrouvé par Platini

Autre histoire de maillot : celui porté par Battiston lors de cette demi-finale 1982. Le milieu de terrain le donne au médecin espagnol qui s’occupe de lui à l’hôpital qui récupère ainsi son n°3 désormais mythique – maillot bleu entaché de sang – ainsi que son short blanc et ses chaussettes rouges.

Patrick Battiston détaille dans France Football cette histoire : « Très vite, un docteur s’occupe de moi et me rassure, après m’avoir fait un fond d’œil : ‘Vous n’avez rien.’ J’ai encore mal un peu partout, mais je suis soulagé. Ce docteur regarde alors mon maillot et me dit qu’il est beau. ‘Prenez tout’, lui dis-je, et je lui ai offert tout mon équipement de bon cœur, tellement il m’avait rassuré »

Vingt-six ans plus tard, lors d’un match de Ligue des Champions lors de la saison 2008-2009 à Séville, Michel Platini – alors président de l’UEFA – tombe par hasard sur l’équipement exposé sous verre au musée du stade Sanchez-Pizjuan. Le médecin de 1982 en avait fait don au club espagnol.

Comme le précise Battiston : « Rogelio Arias, alors jeune médecin de garde, (est) devenu par la suite un proche du président du FC Séville. Le docteur avait fait don de tout mon équipement au club, pour son musée, Et il est resté dans ce musée jusqu’au jour où Michel Platini, devenu président de l’UEFA et de passage à Séville lors d’un match de Ligue des champions, s’est vu remettre ce fameux maillot encadré dans un tableau. »

Michel Platini récupère donc la tenue et contacte son propriétaire : Patrick Battiston, demeurant en Gironde : « Je t’envoie un truc ! »

Battiston raconte la fin de l’histoire : « Et, un jour, je reçois un coup de fil de Michel qui vérifie mon adresse exacte car il voulait envoyer quelque chose à mes fils. C’était assez mystérieux. Mais un matin j’entends sonner à la maison et un livreur m’apporte un colis, assez volumineux, emballé comme un tableau de maitre. On a mis du temps à tout déballer, et là, j’ai vu le maillot bleu, le short blanc avec mon numéro 3, le tout sur fond rouge.. Ça m’a ému quand je l’ai revu mais sans plus. En revanche, ce tableau a fait grosse impression auprès de mes fils. s y sont très attachés car ils n’étaient pas nés à l’époque, et Olivier l’a voulu aussitôt pour !’accrocher dans sa chambre. Ça m’a un peu gêné, car je ne sais pas pourquoi il y tient tant, alors que moi.. »

C’est donc son fils Olivier Battiston – filleul de Platini – qui conserve précieusement la relique, comme l’explique L’Equipe.

Pour Michel Platini : « Aucun film au monde, aucune pièce, ne saurait transmettre autant de courants contradictoires, autant d’émotions que la demi-finale perdue de Séville ».

Et de préciser dans France Football : « Le plus beau livre que j’aurais à lire, la plus belle pièce de théâtre à laquelle je pourrais assister, le plus beau film que. je pourrais voir, c’est ce match-là. C’est un moment qui te fait dire, après coup : « P.. je suis content ď’avoir été là ! Même si tu as perdu, Et toute la légende, tout le mythe vient du fait qu’on perdu. Moi, je trouve que c’est un moment sublime dans l’histoire d’une vie, dans l’histoire d’un groupe, dans l’histoire du football, dans l’histoire du monde. C’est vraiment sublime, merveilleux ! »

Dans une lettre ouverte à Platoche, Francis Huster écrit après la rencontre : « Ce pourquoi Cyrano, Molière, Jean Moulin en France sont morts : le panache. Contre la brute aveugle, contre la bêtise de la force, contre la masse de muscles sans faille, vous avez jailli avec votre poésie, votre imagination, votre finesse, votre inspiration, et tu sais quoi Michel, votre humilité. »

Les douleurs de Battiston

Un match qui fait pourtant mal encore aujourd’hui. Comme le confie à maintes reprises Alain Giresse : “À partir du troisième but, je ne regarde pas, car, c’est de la douleur. Ça fait mal alors j’arrête là et je n’ai jamais été plus loin que ça”

Ou encore Thierry Roland : « J’ai vu ce match au moins dix fois et à tous les coups je crois que les Bleus vont triompher et à chaque fois, patatras, ils l’ont dans le baigneur. »

De son côté, Patrick Battiston garde toujours quelques séquelles comme il le confie au Télégramme : « Des maux de tête et la nuque qui se raidit, parfois. Là, forcément, j’y repense. Mais, dans l’histoire, ce que je regrette le plus, c’est de ne pas être allé au bout du match. J’ai été stoppé dans mon élan parce que j’étais bien ce soir-là ».

Un match tellement mythique qu’il inspire un livre entier au journaliste Pierre-Louis Basse et des répliques dans un sketch à l’humoriste Guy Bedos. Il existe aussi une pièce de théâtre qui reconstitue et rejoue cette demi-finale de légende.

Quatre ans plus tard, rebelote. La France et l’Allemagne s’affrontent de nouveau en demi-finale du Mondial 1986. Là encore, Harald Schumacher dans la cage et Patrick Battiston sur le terrain. Et à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne (2-0).

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